Je n’écris pas de roman. Pas encore. Mais j’ai dans mon entourage proche deux personnes qui ont un manuscrit quelque part dans un tiroir – ou sur un disque dur, selon les generations – et qui n’ont aucune idée de comment passer de « j’ai écrit quelque chose » a « c’est publie ». J’ai creuse le sujet pour elles, et aussi par curiosite personnelle. Parce que le monde de l’edition, vue de l’extérieur, c’est assez opaque.
Voilà ce que j’ai compris.
La réalité du marche de l’edition en France
Avant tout, il faut être honnête : l’edition traditionnelle est un marche très selectif. Tres. En France, plusieurs milliers de manuscrits sont soumis chaque année aux grandes maisons, et une fraction infime est acceptee. Ce n’est pas dit pour decourager, mais pour calibrer les attentes et éviter de perdre du temps avec des approches qui ne fonctionnent pas. Pour moi, tout a vraiment commence avec mon séjour linguistique en Angleterre qui a tout déclenché, ce moment ou l’envie d’ecrire et de partager est devenue concrete.
Les grandes maisons d’edition – Gallimard, Grasset, Le Seuil, Flammarion, Actes Sud, et d’autres – lisent les manuscrits non sollicites, mais leurs delais de réponse peuvent aller de six mois à un an. Parfois plus. Et la réponse negative arrive souvent sans explication. C’est frustrant, mais c’est le fonctionnement normal du milieu.
Une de mes amies a envoye son premier roman a douze maisons en même temps. Elle a eu trois réponses, toutes negatives, dont une seule avec un commentaire. Le commentaire était encourageant mais insuffisant pour qu’on l’accepte. Elle a reajouste son texte et recommence. C’est ca, la réalité.
Choisir la bonne maison d’edition : le travail de recherche
Le premier travail, avant d’envoyer quoi que ce soit, c’est de cibler. Toutes les maisons d’edition ne publient pas tous les genres. Une maison specialisee en litterature blanche ne publiera pas de polar. Une maison de sciences humaines ne publiera pas un roman young adult.
Ce travail de ciblage demandé de lire les catalogues, de regarder ce qui se publie, de comprendre la ligne editoriale de chaque maison. C’est du temps. Mais c’est du temps bien investis, parce qu’un envoi mal cible est un envoi perdu.
Les elements à vérifier pour chaque maison :
- La ligne editoriale (le type d’ouvrages publies)
- Les conditions d’envoi (format attendu, support papier ou numerique, elements a joindre)
- Le delai de réponse annonce
- L’existence d’un comite de lecture pour les manuscrits non sollicites
—
Ce qu’un envoi doit contenir en général :
- Une lettre de presentation concise (1 page maximum)
- Un resume de l’œuvre (synopsis, pas plus d’une page)
- Un extrait du manuscrit (souvent les 50 premières pages)
- Un curriculum vitae litteraire si vous avez déjà publie
—
Mon avis sur l’autoedition : une vraie option desormais
Écrire, c’est aussi puiser dans ses experiences les plus proches. J’ai commencé par raconter ce que la vie en couple m’a appris sur l’écriture avant de me demander ce que je voulais vraiment publier. L’autoedition a mauvaise presse dans les milieux litteraires traditionnels. C’était justifie quand elle signifiait un livre imprime en 200 exemplaires que l’auteur vendait dans son coffre de voiture. Ce n’est plus vraiment ca aujourd’hui.
Des plateformes comme Amazon KDP, Bookelis, ou Iggybook permettent de publier un ebook ou un livre papier en impression à la demandé, avec une diffusion reelle. Le contrôle editoral resté chez l’auteur. La remuneratio est souvent meilleure par exemplaire vendu. Et le delai de publication est incomparablement plus court.
Ce qui manque dans l’autoedition, c’est la validation symbolique, le travail d’un editeur professionnel sur le texte, et la distribution en librairie traditionnelle – même si ça evolue. Pour un premier livre inconnu, la visibilite resté limitee sans promotion active.
Mon opinion personnelle : ce n’est pas l’un ou l’autre. On peut soumettre aux maisons pendant deux ou trois ans, et si ça ne donne rien, choisir l’autoedition pour ne pas laisser un texte mourrir dans un tiroir.
Les agents litteraires : une voie qui se developpe
En France, le système des agents litteraires est moins developpe qu’aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, mais il existe. Un agent litteraire connaît le marche, les editeurs, leurs préférences du moment. Il peut placer un manuscrit la ou vous n’auriez pas pense a envoyer.
Evidemment, les agents n’acceptent pas n’importe quoi non plus. Leur remuneratio est un pourcentage sur les droits d’auteur, donc ils n’ont aucun intérêt à prendre un texte qu’ils n’arrivent pas a placer.
Trouver un agent, c’est souvent aussi difficile que trouver un editeur. Mais si votre texte a du potentiel commercial – si c’est un genre qui se vend bien, un thriller, une romance, un roman de genre avec un vrai lectorat cible – l’agent peut faire la différence.
Ce que la patience change a tout
Le point commun des auteurs qui ont réussi a publier en maison d’edition traditionnelle, c’est une forme d’obstination tranquille. Pas l’obstination aveugle qui consiste a renvoyer le même texte inchange aux mêmes maisons. L’obstination qui consiste a continuer a ecrire, a ameliorer, a apprendre du peu de feedback disponible. C’est ce que j’ai compris en retournant aux bases, notamment avec mon séjour aux USA où j’ai peaufiné mon projet, loin de mon quotidien parisien.
J’ai relu des interviews d’auteurs français connus. Plusieurs avaient eu cinq, dix, parfois quinze refus avant leur premier contrat. Ce n’est pas une consolation facile – c’est la réalité du marche.
Et si les refus arrivent sans explication, il existe des alternatives pour avoir un regard extérieur sur son texte : les ateliers d’écriture, les beta-lecteurs, les comites de lecture prives. Parfois c’est ce type de feedback non-editorial qui permet de voir ce qui ne fonctionne pas encore.
La question n’est peut-être pas « comment faire editer mon livre » mais « est-ce que mon texte est prêt pour être soumis ? » Ce n’est pas la même question, et la réponse change tout ce qui vient après.
