Le journal d’Emma /

Films coréens : comment je choisis ma soirée cinéma

par Emma ·
Films coréens : comment je choisis ma soirée cinéma

C’était un vendredi soir de novembre, j’avais le frigo vide et l’envie d’aller nulle part. J’ai ouvert Netflix sans trop savoir quoi chercher, j’ai tapé « Corée » dans la barre de recherche, et j’ai passé les trois quarts d’heure suivants à scroller sans rien choisir. Le syndrome du choix infini. Je me suis couchée sans avoir rien regardé, ce qui est franchement mortellement triste. Depuis ce soir-là, j’ai développé ma propre méthode pour ne plus rater une soirée film coréen.

D’abord, choisir son humeur, pas son film

C’est le premier réflexe que j’ai appris à avoir. Avant de chercher un titre, je me demandé ce que je veux ressentir ce soir. Pas ce que je veux regarder – ce que je veux ressentir.

Je suis en mode « je veux avoir peur mais pas trop » ? Je pars sur le thriller psychologique. Je veux chialer sans honte en mangeant des chips ? Le drame familial coréen, c’est fait pour ça. Je veux rire toute seule sur mon canap’ en pyjama ? La comédie romantique coréenne à un charme qui n’appartient qu’à elle – un peu cucul, un peu mignon, parfaitement assumé.

Bref, l’humeur d’abord. Le titre ensuite. Ça semble évident mais en vrai je mettais des années à l’appliquer.

Ce que je regarde avant de lancer un film

J’ai mes propres critères de sélection, et ils ne ressemblent pas forcément aux listes « top 10 » qu’on trouvé partout.

La durée d’abord. Un film coréen de 2h40 un mercredi soir, c’est une mauvaise idée. Je le sais depuis que j’ai regardé « The Wailing » à 22h et que je me suis retrouvée à fixer le plafond à 1h30 du matin avec les yeux comme des soucoupes. Maintenant, si c’est un soir de semaine, je filtre sur moins de deux heures.

Le réalisateur ensuite. Certains noms sont devenus pour moi des garanties. Bong Joon-ho, Park Chan-wook, Lee Chang-dong – je prends les yeux fermés. Ce n’est pas du snobisme, c’est de l’expérience accumulée.

Les critiques de spectateurs, pas des journalistes. Letterboxd est devenu mon meilleur ami pour ça. Les vrais avis de gens ordinaires qui ont regardé le film dans leur salon, c’est plus utile que la critique du Monde pour savoir si je vais accrocher.

J’ai aussi eu une révélation le jour où j’ai découvert qu’on pouvait consulter des programmes spécialisés pour trouver des séances ou des suggestions de films en dehors des plateformes. Quand j’avais envie de découvrir quelque chose de plus confidentiel et de franchir le pas vers les salles art et essai qui programment du cinéma asiatique, j’ai réalisé qu’il existe des petites salles de quartier qui font des cycles entiers consacrés au cinéma coréen – et c’est là que j’ai vu « Poetry » de Lee Chang-dong pour la première fois, sur grand écran, avec une salle de vingt personnes qui respirait à peine.

Mes trois films coréens qui m’ont changée

Je ne vais pas te faire une liste de cinquante titres. Trois films, trois expériences réelles.

« Parasite » de Bong Joon-ho (2019). Je sais, c’est le choix classique. Mais ce film m’a scotchée à mon canapé comme aucun autre depuis longtemps. J’ai cru regarder une satire sociale légère, et j’ai terminé la nuit avec la gorge nouée. La façon dont la tension monte, scène après scène, sans qu’on comprenne vraiment quand ça a basculé – c’est du travail d’orfèvre. (Et oui, j’ai pleuré dans ma cuisine le lendemain en y repensant.)

« Burning » de Lee Chang-dong (2018). Celui-là, je l’avais commencé un dimanche après-midi en pensant que c’était un drame tranquille. Les soirs où l’angoisse monte après un film qui laisse trop de questions ouvertes, j’ai appris à m’en occuper autrement : comment j’ai appris à gérer mon angoisse le soir m’a donné des outils concrets pour décompresser sans rester bloquée dans les émotions du film. Il l’est, en apparence. Mais pendant trois jours après, je pensais encore aux serres brûlées, au personnage de Ben, à ce que le film ne dit pas. C’est le genre de film qui travaille en silence. Long, lent, vertigineux.

« The Handmaiden » de Park Chan-wook (2016). Mon coup de foudre absolu. Visuellement, c’est comme regarder une peinture animée pendant deux heures et vingt minutes. L’histoire est retorse, les personnages sont incroyables, et la dernière partie m’a retourné le cerveau. Je le revois chaque année.

Ce qu’on pense à tort du cinéma coréen

L’idée reçue la plus commune : « c’est trop violent » ou « c’est trop triste ». En vrai, le cinéma coréen couvre absolument tout. Des comédies légères aux films d’horreur pure, en passant par des drames intimes qui ressemblent à ceux de Ken Loach mais avec une esthétique radicalement différente.

Il y a aussi des films familiaux touchants, des films de science-fiction, des films historiques épiques. Le cinéma coréen n’est pas un genre, c’est une industrie cinématographique complète avec ses propres codes et sa propre histoire.

Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que ce qui caractérise les meilleurs films coréens, c’est une attention particulière aux dynamiques de classe et de pouvoir, une émotion qui n’a pas peur d’aller loin, et une maîtrise formelle souvent impressionnante. Ca ne veut pas dire que chaque film est un chef-d’œuvre. J’ai aussi regardé des films coréens nuls. Bon.

Petit aparté : si tu commences avec le cinéma coréen, ne commence pas par le plus accessible. Commence par ce qui t’attire le plus, même si c’est le plus difficile. « Parasite » a rendu curieux des millions de gens qui n’auraient jamais regardé « Oasis » de Lee Chang-dong autrement – et c’est exactement comme ça que ça devrait fonctionner.

Comment organiser une vraie soirée films coréens

Chez moi, j’ai ritualisé la chose. Pas tous les vendredis, mais de temps en temps.

  • Choisir le film la veille, pas le soir même (le syndrome du scroll m’a trop coûté de soirées)
  • Préparer quelque chose à grignoter de vaguement coréen – les tteok-pokki qu’on trouvé au Monoprix de mon quartier font parfaitement l’affaire
  • Mettre les sous-titres français, évidemment, mais ne jamais regarder la version doublée (je dis ça, je dis rien, mais le doublage français tue la performance des acteurs coréens)
  • Accepter d’être dérangée dans ses certitudes

Ce dernier point, c’est le plus important. Les meilleurs films coréens que j’ai vus m’ont toutes légèrement perturbée. Ces soirées intenses m’ont aussi appris quelque chose sur moi : ce que le cinéma m’a appris sur la vie en couple dépasse largement la fiction quand les histoires à l’écran résonnent un peu trop avec les siennes. Pas choquée, perturbée. Il y a une différence.

Les films coréens m’ont aussi donné envie de voyager vers d’autres horizons : mon voyage en Islande pour une autre aventure culturelle a suivi naturellement cet appétit pour les cultures qui ne ressemblent pas à la mienne.

La semaine prochaine, je testé « Decision to Leave » de Park Chan-wook, son film de 2022 que j’ai bêtement raté au cinéma. Je te dirai ce que j’en pense. Et si tu as une recommandation à me faire, je suis vraiment preneuse – les algo des plateformes ont leurs limites, les vraies suggestions humaines restent imbattables.

Portrait d'Emma
Signe

Emma

Je suis Emma, 38 ans, j’écris depuis ma cuisine. Mes obsessions : la pâte à pain qui lève, les vide-greniers du dimanche, les bottines de printemps trop tôt sorties. Tu trouveras ici mes coups de cœur, mes ratés, mes opinions tranchées. Pas de filtre, pas de mise en scène – juste ce que je vois, ce que je vis, ce que j’ai envie de partager avec toi.

Tous mes articles →