Ce n’est pas un article comme les autres pour moi. Partir seule à Dublin pendant quatre semaines pour suivre des cours d’anglais, à mon âge (j’avais 33 ans, pas 19), ca demandait d’assumer un truc un peu étrange aux yeux des autres : admettre que mon anglais n’était pas à la hauteur de ce que je pensais, et décider de faire quelque chose de concret à ce sujet.
Mon patron a dit oui au congé sans solde en 48 heures. (« Une super opportunité pour toi », il avait dit, avec ce sourire légèrement paternaliste qu’il réserve aux bonnes nouvelles qu’il n’a pas initiées.) L’organisation m’avait pris trois semaines. Et la décision, elle, m’en avait pris trois ans.
Pourquoi Dublin, et pourquoi en séjour linguistique formalisé
J’aurais pu partir en Angleterre, à Malte, à New York. Dublin, c’est le choix du compromis parfait : anglais authentique, pas trop loin, pas trop cher, et une ville que j’avais envie de découvrir depuis que j’avais vu « Normal People » (ce n’est pas très rationnel comme critère de sélection, je le sais). Dublin arrivait dans ma série de séjours après mon séjour en Angleterre, le premier de la série – la logique était claire : progresser par paliers d’exigence et d’immersion.
Mais surtout : le format séjour linguistique était important pour moi. Pas juste voyager en parlant anglais de temps en temps. Un programme structuré avec des cours le matin, des activités le soir, et une vraie communauté d’apprenants. Parce que je savais que livrée à moi-même, je finirais par trouver un café français et lire des bouquins en terrasse. Je me connais.
Le site que j’ai utilisé pour trouver mon école et organiser le séjour était http://sejourlinguistiqueadulte.com, qui propose des programmes pour adultes – et pas juste « adultes » comme euphémisme pour « étudiants de 22 ans », mais vraiment des sessions pensées pour des gens qui travaillent, qui ont un niveau hétérogène, et qui ont des raisons professionnelles ou personnelles précises d’améliorer leur anglais.
Les cours : à quoi ressemble une journée type
Lever à 7h30 (difficile, Dublin en janvier, il fait nuit jusqu’à 9h). Cours de 9h à 13h, avec une pause à 11h. Groupes de 8 à 10 personnes maximum. Niveau B1+, ce qui était exact par rapport à mes tests de positionnement – pas de chichi, pas de condescendance, juste un groupe homogène ce qui rendait les exercices oraux beaucoup moins stressants.
Les profs étaient irlandais et avaient l’habitude des non-natifs. Ce n’est pas anodin : ça change la façon de donner un exemple, de reformuler, de corriger. Pas d’impatience quand tu cherches un mot, pas de regard qui fait sentir que tu ralentis le groupe.
L’après-midi libre était parfois occupée par des activités proposées : visites du Trinity College, soirée pub quiz (mon préféré, on a perdu mais de peu et j’étais fière de mes réponses sur les Beatles), excursion à Howth le week-end. J’ai tout fait. Pas une après-midi seule dans ma chambre.
À noter Le pub quiz en anglais avec des inconnus est la meilleure activité d’immersion qui existe. Personne ne parle lentement pour toi, tout le monde s’en fiche que tu fasses des fautes, et l’enjeu (même symbolique) te force à sortir du mode « grammaire-prudente » que j’avais en cours.
L’hébergement en famille d’accueil : le choix qui fait la différence
J’ai choisi l’hébergement chez une famille irlandaise plutôt que la résidence étudiante. C’était ma meilleure décision du séjour.
Ma hôte, Patricia, 58 ans, vivait seule avec son chat et accueillait des étudiants depuis quinze ans. Elle avait ses rituels : thé à 18h, diner à 19h, news à 21h. J’ai adopté ses rituels. Et on parlait. Pas des conversations de cours – des vraies, décousues, sur la politique irlandaise, sur ses enfants qui vivaient à l’étranger, sur les recettes qu’elle aimait faire.
Ca, c’est l’immersion. Pas les exercices de dialogue préparés avec un camarade de cours.
La chambre n’était pas grande et la salle de bain était partagée. Paris m’a préparée à vivre dans peu d’espace, donc ça ne m’a pas dérangée. Mais si tu as besoin de ton espace privé pour te sentir bien, la résidence est peut-être plus adaptée – c’est une vraie variable selon les personnalités.
Ce que j’ai progressé – les vrais chiffres
Avant : je parlais anglais avec précaution. Je construisais mentalement mes phrases avant de les dire. Ca donnait un débit haché, des silences inconfortables, une impression de parler comme un robot.
Après trois semaines : les phrases sortaient avant d’être « finies » dans ma tête. Je rattrapais en parlant, comme je le fais en français. Ce n’est pas parfait, c’est fluide.
Compréhension orale : nette amélioration sur l’anglais « naturel » (rapide, contracté, plein d’argot). Moins sur le vocabulaire technique – ca, ça se travaille différemment, sur le long terme.
Ce qui n’a pas changé et que j’avais espéré naïvement : mon accent. J’ai encore mon accent parisien en anglais. Mon prof m’avait dit que ca demandait beaucoup plus de temps et de travail ciblé que 4 semaines. Il avait raison.
La liste de ce que j’ai emporté et ce que j’aurais laissé
Utile :
- Un carnet petit format pour noter les expressions entendues au vol
- Un imperméable léger (Dublin, c’est la pluie, systématiquement)
- Mon adaptateur universel (les prises irlandaises ne sont pas les prises françaises)
- Une bouteille thermos pour le café du matin en route vers l’école
Inutile que j’avais pris quand même :
- Trois livres en français (j’en ai lu un, les deux autres ont pris de la place pour rien)
- Mon « kit de voyage bien-être » complet de 11 produits (j’ai utilisé 4 trucs)
- Des talons (je suis une optimiste irréaliste sur mes propres habitudes de sortie)
Ce que le séjour a changé au-delà de l’anglais
Ca, c’est la partie que je n’avais pas anticipée. Passer quatre semaines seule dans une ville étrangère, sans mes repères, sans mon quartier parisien, sans ma cuisine, ca remet certaines choses en perspective.
J’ai réalisé que je me sentais bien dans la routine des autres. Que j’aimais apprendre « pour vrai », pas juste parcourir un contenu. Que je pouvais être sociable avec des inconnus de nationalités très différentes sans que ca soit épuisant comme ça peut l’être dans certains contextes professionnels.
Et j’ai pris deux décisions professionnelles importantes en deux semaines, à tête reposée, loin de l’open-space et des mails. Les meilleures décisions de l’année, toutes les deux. La suite logique après Dublin a été mon séjour aux USA, l’étape d’après Dublin – une montée en niveau qui n’aurait pas été possible sans le mois irlandais. Et ces expériences ont fini par nourrir un projet plus personnel : comment j’ai fait éditer le livre né de ces expériences, parce que Dublin en premier, et tout ce qui a suivi, ont été le matériau d’un livre que je n’avais pas prévu d’écrire.
Je ne sais pas si Dublin y est pour quelque chose, ou juste le fait de sortir de sa vie habituelle. Probablement les deux. Mais ce que je sais avec certitude : je repartirai. Pas forcément Dublin, pas forcément l’anglais. Juste – partir apprendre quelque chose.
