J’ai toujours eu des tableaux partout chez moi. Pas des reproductions hors de prix, pas des trucs achetés dans une galerie branchée du Marais – juste des cadres qui me parlent, qui me racontent quelque chose. Ma mère trouvait ça encombré. Moi, je trouvais ça vivant. On n’a jamais vraiment réglé ce débat, mais c’est moi qui ai eu raison parce que maintenant elle veut les mêmes dans son salon.
Ce matin, pendant que mon café refroidissait (encore), je regardais mon mur du couloir et je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Parce que le tableau deco, c’est l’une des choses les plus simples et les plus efficaces pour donner du caractère à une pièce – et pourtant tant de gens s’y prennent de façon laborieuse.
Pourquoi un seul grand tableau, c’est souvent décevant
Je l’ai fait. On l’a toutes fait. On achète un beau grand tableau – 80 x 80, photographie noir et blanc, très classe – on le pose au centre du mur du salon, et puis… rien. Ca flotte. Ca ressemble à un appartement de location Airbnb.
Le problème, c’est qu’un tableau isolé sur un grand mur, ça ne crée pas de dialogue avec l’espace. Ça se pose là, comme un objet sans contexte. Chez moi, j’avais un grand format abstrait – acheté en coup de cœur dans une brocante de la porte de Vanves – qui traînait pendant deux ans faute de trouver sa place. Le jour où j’ai décidé de l’entourer de petits cadres, il a pris tout son sens. Verdict : la composition fait tout.
(Et oui, j’ai passé un samedi entier à déplacer des clous dans le mur, les traces de Polyfilla sur le parquet en témoignent encore.)
La règle que je respecte maintenant : un mur, c’est une conversation. Un seul tableau, c’est un monologue.
Composer un mur de tableaux : la méthode que j’utilise
Un tableau s’apprécie d’autant mieux sur un fond maîtrisé – c’est pourquoi j’ai d’abord pensé à ma peinture salon qui donne le contexte du tableau avant même de choisir mes cadres.
Pour un mur de trois mètres de long – c’est ma situation dans le salon – j’ai opté pour une vingtaine de pièces de formats très différents. Petits, moyens, grands, certains paysages certains portraits, mix de médiums.
Voici comment je procède, dans l’ordre :
- Je pose tous les cadres par terre devant le mur avant de percer quoi que ce soit
- Je commence par placer le plus grand format, légèrement décentré
- J’ajoute les formats moyens autour, en laissant des espaces irréguliers (entre 5 et 15 cm selon les zones)
- Je comble avec les petits cadres, en variant l’orientation (portrait / paysage)
- Je prends une photo avec mon téléphone pour avoir du recul – c’est bluffant comme on voit mieux les déséquilibres depuis l’écran
Le secret que personne ne dit : les espaces entre les cadres sont aussi importants que les cadres eux-mêmes. Trop serrés, ça fait bazar. Trop espacés, ca perd sa cohérence.
Coup de gueule Je résiste toujours à l’envie de tout assortir. Des cadres dépareillés – bois naturel, métal noir, dorure vieillie – c’est ce qui donne l’impression que la collection s’est constituée au fil du temps, pas en une heure sur un site e-commerce. Si vous cherchez de l’inspiration pour les sujets, le site tableau deco propose des reproductions de qualité à prix accessibles, ce qui permet de mixer avec des achats de brocante sans exploser son budget.
Les cadres dépareillés : l’erreur que j’ai arrêté de faire
J’ai aussi testé mon panneau mural décoratif, l’alternative au tableau classique – mon avis honnête sur ce que chaque option apporte selon le mur et la pièce.
Pendant des années, j’achetais des cadres identiques. Meme finition, même couleur, même épaisseur de baguette. Je pensais que l’uniformité, c’était le gage du bon goût. Quelle erreur.
Ca m’a pris un déménagement et deux appartements ratés pour comprendre que l’uniformité des cadres tue la vitalité d’un mur de tableaux. Ce qui donne vie à une composition, c’est le mélange. Un cadre doré années 70 à côté d’un passé-partout blanc sobre, un cadre en bois flotté récupéré à la vide-grenier de mon quartier – je dis ça, mais c’est vrai, le marché d’Aligre est une mine pour ça – entre deux cadres fins et contemporains.
Chez Maisons du Monde, j’ai trouvé des cadres ronds en rotin qui se marient très bien avec des formats rectangulaires classiques. Ca surprend, et c’est exactement ce qu’on cherche.
Bon, après, chacun fait comme il veut. Mais moi, depuis que j’ai arrêté les séries coordonnées, mes murs ont l’air beaucoup moins sortis d’un catalogue.
Quel contenu pour les tableaux : ma vraie vie vs mes tentations
Dans ma chambre terracotta où le tableau fait le lien, j’ai choisi un grand format abstrait qui reprend exactement les tonalités chaudes de la literie.
Question honnête : est-ce qu’on met ce qu’on aimé ou ce qui est tendance ? La réponse d’Emma : ce qu’on aimé, les yeux fermés.
J’ai eu ma période botanique – grosses planches d’herbier encadrées, très Kinfolk, très 2016. Puis ma période graphique noir et blanc. Aujourd’hui j’ai un mix de photos personnelles imprimées en grand format (une vue depuis la fenêtre de ma grand-mère à Lyon, une photo ratée de vacances qui est devenue belle par accident), des reproductions de peintres que j’aimé (Vuillard, Bonnard – j’ai un faible pour les intérieurs post-impressionnistes), et quelques achats chez de petits illustrateurs sur les marchés.
Ce mélange-là, c’est ce qui fait qu’un mur de tableaux raconte quelque chose sur la personne qui habite là. Et c’est infiniment plus intéressant qu’un mur parfaitement coordonné qui ne dit rien du tout.
Je dis ça, je dis rien. Mais quand des gens viennent chez moi pour la première fois et qu’ils passent dix minutes devant mes murs à regarder les cadres, je me dis que j’ai fait les bons choix.
3 erreurs classiques à éviter absolument
Après quelques années à composer et décomposer des murs de tableaux – et à aider des amies à faire pareil – j’ai identifié les erreurs qui reviennent le plus souvent :
- Accrocher trop haut. Le centre optique d’un tableau doit être à hauteur des yeux, soit environ 150-155 cm du sol. Pas au niveau du plafond. On ne regarde pas le plafond quand on est assis dans son salon.
- Ignorer la source de lumière. Un tableau face à une fenêtre va refléter la lumière et on ne verra rien. Un tableau perpendiculaire à la fenêtre sera magnifié. Ça change tout.
- Mélanger des thèmes incompatibles. Un paysage marin, un portrait de famille et un graphique abstrait – ça peut fonctionner si la palette de couleurs se répond. Mais si tout est discordant, l’œil ne sait pas où se poser.
La règle que j’applique : soit on unit par le sujet (que du botanique, que des portraits), soit on unit par la couleur (même gamme de tons chauds ou froids), soit on unit par le cadre (même style de baguette). Un seul fil conducteur suffit. Pas les trois.
Ce que j’aurais aimé savoir avant de percer mon premier mur
La technique du papier kraft. Je l’ai découverte trop tard et ça m’aurait évité une trentaine de trous mal placés.
Le principe : avant de percer, on découpe des gabarits dans du papier kraft ou du journal – exactement à la taille de chaque cadre – et on les scotche au mur avec du masking tape. On peut les déplacer à l’infini, reculer, regarder, changer d’avis, tout réarranger sans aucune conséquence sur le mur. Et seulement quand la composition est parfaite, on marque l’emplacement des crochets à travers le papier.
Ça prend une heure de plus. Ca évite trois heures de Polyfilla et de repeinture.
Franchement, si tu démarres une composition de mur, fais ça d’abord. J’aurais tellement voulu que quelqu’un me le dise lors de mon premier appartement rue du Faubourg Saint-Antoine – à l’époque, j’avais juste planté des clous au jugé et le résultat était… disons, approximatif.
Le mur de tableaux, c’est l’une des rares choses déco qu’on peut vraiment changer et faire évoluer sans grand investissement. Tu déplaces, tu ajoutes, tu retires. C’est vivant. Et c’est peut-être pour ca que j’y reviens toujours.
